mardi 29 septembre 2026

Imaqa de Flemming Jensen – avis de lecture

 


Résumé :

« Martin, instituteur danois de trente-huit ans qui ressent un vide dans son existence, demande sa mutation dans la province la plus septentrionale du Danemark, le Groenland. Il prend ses fonctions dans un hameau de cent cinquante âmes : Nunaqarfik, à plus de cinq cents kilomètres au nord du cercle polaire.

Armé de ses bonnes intentions, encombré de sa mauvaise conscience coloniale et de ses idées préconçues, Martin découvre une communauté solidaire, dont la vie s'organise en fonction de la nature environnante - et pas malgré elle. Au fil des mois qui passent et des rencontres, dans une société où le rire est érigé en remède suprême contre la peur ou la tristesse, il apprend à apprécier ce qui est, sans se soucier de ce qui aurait pu être, et trouve ce à quoi il aspirait : l'aventure, l'immensité, l'harmonie, l'amour.

Roman chaleureux et humaniste, qui dénonce notamment les ravages de la colonisation du Groenland par le Danemark, Imaqa est un hymne à la tolérance et à la douceur, porté par un humour irrésistible. »

A noter : Le roman est écrit en danois et j’ai lu sa traduction française

Imaqa est un roman écrit par l’auteur et humoriste danois Flemming Jensen. Le roman se déroule dans les années 1970 au Groenland ; il faut donc noter que c’est avant l’instauration de l’autonomie accordée par le gouvernement danois en 2009.

Le personnage principal est Martin, un instituteur au Danemark qui souhaite s’installer au Groenland pour y éduquer les enfants inuits. De l’autre côté, il y a Jakub, qui est originaire du Groenland mais habite au Danemark et est en train de perdre sa propre culture. Martin découvre, dans le village inuit, leur culture et constate également que les manuels scolaires prescrits par le ministère de l’Éducation à Copenhague sont incompatibles avec la vie quotidienne au Groenland.

J’ai aimé l’idée de l’auteur d’explorer la vie quotidienne des Inuits, et je comprends qu’il ait lui-même vécu au Groenland. J’ai apprécié sa description des paysages autour des villages. Il montre également l’inefficacité de la bureaucratie danoise : Martin est sanctionné par l’administration pour avoir dévié des manuels scolaires prescrits. Il y a beaucoup de tristesse autour du village, mais l’auteur mène malgré toute la narration avec humour.

Cependant, je n’ai pas compris certains choix de l’auteur. Pendant la première cinquantaine de pages, un chapitre présente le point de vue de Martin au Groenland, puis le chapitre suivant se concentre sur Jakub au Danemark. Mais à un moment donné, Jakub retourne dans son village, le même où Martin est instituteur, et il n’est ensuite même plus l’un des personnages principaux. J’ai bien compris qu’il y a un passé triste dans la vie de Martin et qu’il arrive au Groenland pour oublier cette partie de sa vie, mais cette partie de son passé n’est jamais vraiment explorée par l’auteur.

J’ai également compris que le but de l’auteur était plutôt de faire une satire de l’administration danoise au Groenland et de montrer à ses lecteurs son inefficacité. Cela dit, c’est un roman avec des personnages et non un essai, et j’aurais donc préféré que les personnages aient un peu plus d’importance. Une autre chose que je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer, c’est que, même si l’auteur critique les stéréotypes autour des Inuits, il en utilise lui-même certains que je retrouve dans les médias danois grand public (par exemple dans la série Borgen) : l’idée que la vie est triste et sans espoir, et que les suicides commis par les jeunes sont « normaux ».

Malgré ces faiblesses, je ne regrette pas cette lecture. J’ai découvert une nouvelle culture que je vois rarement représentée dans la littérature et j’ai également apprécié l’humour de l’auteur. Je lui attribue donc une note de six sur dix : une bonne lecture qui aurait pu être meilleure, notamment sur les points que j’ai mentionnés plus haut.

La note – 6/10

Bonne journée
Anirudh

lundi 28 septembre 2026

Femme pour moitié de Perumal Murugan – avis de lecture


 

Résumé :

« Dans un village modeste du Tamil Nadu, État du sud de l’Inde, Ponna et Kali, jeune couple de paysans, filent le parfait amour. Pourtant leur bonheur est mal vu car ils n’ont toujours pas conçu d’enfant. Ponna et Kali se sentent suffisamment comblés par leur union mais, face aux moqueries et humiliations croissantes, ils vont chercher une solution dans leur folklore, entre superstitions et offrandes. C’est alors qu’ils ont vent d’un festival dans un temple juché sur les montagnes, et d’une curieuse cérémonie qui pourrait peut-être les sauver… »

A noter : J’ai lu l’original en tamoul ainsi que la traduction française de Léticia Ibañez

Femme pour moitié est l’un des romans les plus connus de l’auteur tamoul Perumal Murugan. Avec une histoire d’amour qui se déroule au début du XXe siècle, avant l’indépendance de l’Inde, l’auteur met en lumière un problème social qui existe encore aujourd’hui : la situation difficile des couples sans enfants.

Kali est un fermier qui vit avec sa femme, Ponna. Même s’il y a beaucoup d’amour entre eux, un problème demeure : douze ans après leur mariage, ils n’ont toujours pas d’enfant. Ils subissent une forte pression sociale, et on pousse même Kali à prendre une deuxième épouse. Le couple essaie tous les rituels prescrits par leur religion, sans résultat. Finalement, une solution extrême leur est proposée : Ponna pourrait participer à une fête religieuse dans l’espoir d’avoir un enfant. Mais les détails de cette fête bouleversent Kali et commencent à faire apparaître les fissures dans leur relation.

J’ai beaucoup aimé les descriptions des paysages du pays des Tamouls rural, et notamment ceux du Tamil Nadu rural. J’ai également apprécié la construction du personnage de Kali, qui est assez complexe et qui aime sa femme. Cependant, il considère sa position et son prestige dans la société comme plus importants que tout, et de ce point de vue, il est aussi très égoïste. Il y avait également d’autres personnages intéressants, comme Nalaiyyan, l’oncle célibataire de Kali, qui est la seule source de soutien du couple.

À un moment donné, j’ai eu l’impression que le couple était obsédé par le fait d’avoir un enfant et, pendant une grande partie du livre, c’est un cycle qui se répète : le couple essaie d’avoir un enfant sans succès, les deux subissent des insultes de la part de quelqu’un, puis il y a une nouvelle tentative. Après deux ou trois répétitions, je savais déjà que leur tentative n’allait pas fonctionner et je n’avais plus vraiment de raison d’attendre quoi que ce soit en tant que lecteur.

C’est le troisième roman de Perumal Murugan que je lis, et c’est mon moins préféré des trois. Dans son roman Le Bûcher (cliquez ici pour lire mon avis), par exemple, le conflit principal commence dès le début, alors qu’ici, il faut attendre jusqu’aux deux derniers chapitres.

Il faut aussi prendre en compte que l’auteur a reçu des menaces de mort à cause de ce roman, de la part de l’extrême droite indienne. Dans l’édition française, l’avant-propos écrit par Laetitia Zecchini explique très bien la situation.

Comme j’ai lu le roman dans les deux langues, je peux dire que la traduction est très bien faite et que la traductrice a su restituer toutes les nuances possibles.

Pour conclure, j’ai un avis mitigé sur le roman. L’auteur aborde un sujet important qui existe encore aujourd’hui dans la communauté tamoule, et j’apprécie son courage face à l’extrême droite. Cela dit, le roman est trop répétitif à mon goût, et le personnage principal, Kali, n’est pas très attachant non plus. Je lui attribue donc une note de sept sur dix.

La note – 7/10

Bonne journée
Anirudh

samedi 12 septembre 2026

Paradis d’Abdulrazak Gurnah – avis de lecture



Résumé :

« Quand ses parents annoncent à Yusuf, douze ans, qu'il va partir séjourner quelque temps chez son oncle Aziz, il est enchanté. Prendre le train, découvrir une grande ville, quel bonheur pour lui qui n'a jamais quitté son village de Tanzanie. Il ne comprend pas tout de suite que son père l'a vendu afin de rembourser une dette trop lourde - et qu'Aziz n'est pas son oncle, mais un riche marchand qui a besoin d'un esclave de plus chez lui. À travers les yeux de Yusuf, l'Afrique de l'Est au début du XXᵉ siècle, minée par la colonisation, se révèle dans toute sa beauté et sa rudesse. Dans ces étendues désertiques traversées de lentes caravanes, dans ce paradis bientôt perdu, le poids d'une vie vaut celui de quelques gouttes d'eau. »

A noter : J’ai lu en anglais - click here to read my review in English

Paradis est un roman écrit par l'auteur britannique et tanzanien, Abdulrazak Gurnah, lauréat du prix Nobel de littérature en 2021. L'histoire suit le parcours de Yusuf, un jeune garçon que son père a vendu afin de rembourser les dettes qu’il avait contractées avec son hôtel en faillite à Zanzibar.

L'histoire se déroule au début du XXe siècle, quelques décennies après la ruée vers l'Afrique. Yusuf voyage depuis Zanzibar à travers l’Afrique de l’Est, principalement dans l’actuelle Tanzanie, en compagnie d’Aziz, l’homme à qui son père l’avait vendu. Compte tenu du contexte, il y avait cet aspect colonial lié au fait que les régions qu’ils traversaient étaient sous contrôle allemand et qu’une guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne semblait imminente en Europe (ce que j’ai compris comme étant les prémices de la Première Guerre mondiale).

Même si le cadre et la diversité étaient intéressants, j’ai aussi eu l’impression de lire plusieurs histoires différentes assemblées de force, avec seulement quelques personnages centraux en commun dans chacune d’entre elles. À partir d’un certain moment, il est devenu très difficile de suivre tous ces personnages différents, dont beaucoup ne réapparaissent jamais après avoir joué un rôle crucial à un moment donné du roman – ce qui est compréhensible dans un roman axé sur un voyage, mais difficile pour un lecteur comme moi.

Je n’ai pas pu m’empêcher non plus de remarquer à quel point les femmes semblaient invisibles dans le roman. Ce n’était pas parce que je m’attendais à des héroïnes fortes ou à des personnages féministes ; même des mères traditionnelles, des épouses dévouées, des filles ou des femmes âgées auraient pu enrichir l’image des communautés que Yusuf rencontre. Étant donné l’importance accordée par le roman aux différentes cultures, aux familles et aux relations sociales, j’ai trouvé l’absence relative de femmes quelque peu surprenante. J’avais l’impression qu’il manquait une partie importante du monde social.

En résumé, j’ai trouvé que le cadre était bien choisi et m’a permis d’explorer et de comprendre une culture, d’autant plus que je n’avais jamais lu la littérature provenant de cette région auparavant. L’impact du colonialisme sur ces sociétés était également mis en évidence de manière subtile, ce que j’ai apprécié. Cela dit, à un moment donné, l’auteur a perdu de vue l’intrigue, et je n’ai pas eu l’impression de lire une histoire aboutie. J’ai tout de même passé un bon moment de lecture, mais il est peu probable que ce livre reste longtemps dans ma bibliothèque comme un ouvrage mémorable. Sur ce, j’attribue à ce roman une note de six sur dix.

La note – 6/10

Bonne journée
Anirudh